Par Jean-Jacques Denis,
Si l’on recherche sur internet « santé et méditerranée » on est étonné par le faible nombre de réponses pertinentes obtenues. Or, ce n’est pas le cas pour la recherche d’autres domaines associés à la Méditerranée. La santé serait-elle la grande oubliée de cet espace géographique ? Est-ce dû au souvenir des épidémies de peste qui ont décimé les populations méditerranéennes au cours de l’histoire et qui hantent encore nos mémoires ? A la complexité des systèmes de santé qui, d’un côté' peinent à se mettre en place et que l’on ne sait plus gérer de l’autre ? Ou croyons-nous encore que les frontières nous protègent des menaces extérieures ?
La Méditerranée est un espace réduit au regard de la mondialisation et qui du point de vue de la santé comporte de nombreuses spécificités. Chaque jour, des millions de personnes y circulent, y convergent. Touristes, migrants, professionnels, malades… se déplacent quotidiennement d’une rive à l’autre. Mais c’est aussi les insectes, vecteurs de maladies transmissibles, qui vont et viennent en fonction du climat et des saisons, ou des volatiles, potentiellement porteurs du virus de la grippe aviaire, dernière représentation d’une menace venant du ciel !
Et quand les hommes ne se déplacent pas, ce sont les images, les informations, les médias qui prennent le relais et qui modifient les comportements en les unifiant plus souvent qu’en les opposant. Associée au développement des échanges économiques et à l’émergence d’une classe moyenne, la transition démographique a entraîné une transition épidémiologique et les maladies de civilisation et de surcharge de poids se sont ajoutées aux maladies infectieuses.
La santé est à la fois une conséquence et un moteur du développement. Et pourtant quand elle est citée, c’est souvent en marge d’une déclaration internationale, comme s’il fallait placer le mot « santé » sans trop savoir comment faire pour traduire les objectifs en actes. Tout se passe comme s’il manquait un échelon entre les déclarations solennelles et les réalisations concrètes dont pourraient bénéficier les habitants des villes, menacés par l’urbanisation galopante et la pollution, et ceux des campagnes, menacés par le réchauffement climatique et la sécheresse. Il manque un échelon de coopération, un lieu d’échange de savoirs et de bonnes pratiques, qui saura prendre en compte la santé de l’homme et agir sur les nombreux déterminants qui la menacent.
Le concept de « Développement durable » a su préempter l’essentiel du débat actuel. Mais n’est-il pas étonnant que l’homme et la santé ne soient pratiquement jamais cités dans sa définition ? Sans le remettre en cause, bien au contraire, n’est-il pas nécessaire de replacer l’homme et la santé au cœur des enjeux méditerranéens ? N’est-il pas urgent de défendre l’homme et la santé avec la même énergie que l’on peut avoir pour préserver l’environnement ?
La santé de l’homme est un bien fondamental. Il est au cœur de la « Déclaration universelle sur la bioéthique et les droits de l’homme » proclamée, au Palais de l’UNESCO le 19 octobre 2005.
Dans le sens de cette déclaration, ne faut-il pas lancer un appel solennel pour un « Développement sanitaire, durable et solidaire » en Méditerranée qui reposerait sur trois piliers :
- Le développement social et économique, la première des conditions qui permet la lutte contre la pauvreté et l’instauration d’une protection sociale ;
- La coopération solidaire, parce que les frontières sanitaires disparaissent, le partage de la connaissance et les échanges autour de la recherche et de la formation doivent faire progresser la santé ;
- Et les droits de l’homme et l’éthique, parce que, assortis à la responsabilité sociale, ils sont à la source du droit à la santé.
Cet appel vise à reconnaître la santé des êtres humains comme un droit inaliénable et un bien commun, à la considérer comme une ressource fondamentale pour le développement et à la placer au cœur de la coopération.
L’ « Union pour la Méditerranée », à la suite d’autres processus, a relancé une prise de conscience de la réalité méditerranéenne, avec ses handicaps et ses perspectives, ses menaces et ses opportunités. Dans le contexte de croissance et de mondialisation et peut-être, plus encore, en période de crise et d’inquiétude des peuples, aucun projet ne devrait se concevoir sans qu’il ne contribue à une amélioration du bien être des hommes dans le respect de leurs cultures et de leurs différences.
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire