Jean-Frédéric Poisson, enfin. Philosophe issu de la Faculté libre de philosophie (enseignement supérieur catholique), député-maire de Rambouillet – après y avoir été le suppléant de Christine Boutin -, Jean-Frédéric Poisson est vice-président et porte parole du Parti Chrétien-Démocrate (anciennement Forum des Républicains Sociaux, parti associé à l’UMP) et secrétaire national de l’UMP en charge de l’emploi.
La thématique, un peu difficile, avait surtout rassemblé ce soir là le courant représenté par le PCD dans ces vieilles terres catholiques de l’ouest ligérien et vendéen. L’assistance fut très attentive.
C’était la première fois que les deux secrétaires nationaux de l’UMP se retrouvaient à échanger sur cette thématique et, prenant leurs marques avant de commencer la réunion publique, ils trouvaient la confirmation de ce pourquoi ils avaient été invités : « nous ne sommes d’accord sur rien » convenaient-ils avec humour en entrée en matière. Bien sûr ce constat était exagéré. Essayons néanmoins d’y voir clair.
Quelques éléments de cadrage
Commençons par l’exercice usuel des définitions. Contrairement à un usage parfois courant, l’ « éthique » n’est pas un autre mot, plus « tendance », se substituant à « morale » ; autant la morale peut être définie comme un « ensemble de règles concernant les actions permises et défendues dans une société, qu'elles soient ou non confirmées par le droit » (source : . http://www.cnrtl.fr/definition/morale), autant l’éthique « traite des principes régulateurs de l'action et de la conduite morale » (source : http://www.cnrtl.fr/definition/ethique) ; autrement dit, pour reprendre des mots d’Armelle Debru, professeure d’histoire de la médecine à l’Université Paris Descartes, l’éthique est une activité et non une « chose » : quand deux ou plusieurs valeurs (morales) rentrent en conflit et qu’on met en œuvre un processus pour régler ce conflit on a une activité éthique.
L’avancement très rapide, depuis la deuxième moitié du 20ème siècle, des savoirs (science) et des savoir-faire (technique), permet de relever des défis lancés à la science et à la médecine par des pathologies que l’être humain était jusque là condamné à subir (stérilité, maladies génétiques, etc.). Ces défis scientifiques à mesure qu’ils sont relevés constituent, dans le même mouvement, autant de défis lancés à la société : « La société, au sens large, disait Fernand Braudel, a toujours son mot à dire en un débat où la technique n’est jamais seule. La société, c'est-à-dire une histoire lente, sourde, compliquée ; une mémoire qui répète obstinément les solutions connues, acquises, qui écarte la difficulté et le danger de rêver à autre chose ». Ainsi donc, tandis que de vieux problèmes trouvent enfin des solutions, des questionnements nouveaux émergent ; de nouvelles possibilités jusque là impensables s’ouvrent : faut-il pour autant répondre positivement à tous les désirs des individus ? Faut-il concevoir des limites ? Et sur la base de quels arbitrages ? Entre quelles valeurs ? Entre quels bénéfices et quels risques ?
Répondre à ces questions est le champ de la bioéthique et chacun comprend donc aisément que l’éthique ne peut pas être autre chose qu’un concept révisable : les arbitrages de demain ne seront probablement pas les arbitrages d’aujourd’hui. Comment donc procéder à ces révisions périodiques ? En démocratie, la réponse ne peut-être que « par la représentation nationale » : c’est ce dont le législateur avait conscience dès la première loi de bioéthique de 1994, tout comme dans celle de 2004, en prévoyant dans la loi même l‘obligation de la soumettre à révision.
Le temps du débat
Le temps étant incompressible et les discussions étant denses le débat n’a pu aborder que quelques uns des sujets qui figuraient « au menu » en écartant, de facto et non de façon délibérée, d’autres qui n’en étaient pas moins importants (comme le statut de l’embryon ou la fin de vie). La réunion s’est donc focalisée principalement sur des questions éthiques soulevées par la biologie de la reproduction (procréation médicalement assistée, diagnostic préimplantatoire, gestation par autrui, homoparentalité, etc.) et par la recherche sur les cellules souches embryonnaires.
Les positions défendues par Jean-Frédéric Poisson et le courant chrétien-démocrate sont connues ; pour cette sensibilité l’embryon, dès la fécondation d’un ovocyte par un spermatozoïde, mérite le respect que la loi (article 16 du Code civil) garantit à « l’être humain dès le commencement de la vie » (article 16 du Code civil). Ainsi toute destruction volontaire d’embryon est condamnable moralement et constitue une transgression qui prime sur toutes les autres considérations, quelles que soient les bonnes intentions affichées par ailleurs.
C’est pourquoi toute procédure de procréation médicalement assistée (PMA) conduisant à générer des « embryons surnuméraires », autrement dit, au-delà de la quantité destinée à être implantée dans l’utérus de la mère dans la tentative en cours, devrait être proscrite ; en effet, elle conduit, dans son principe même, à ce que ces embryons surnuméraires, devenant sans projet parental, soient, au terme du délai légal, ou bien détruits ou bien mis à la disposition de la recherche médicale. Alternativement il est préconisé, en cas d’échec (le taux de réussite annoncé est de l’ordre de 15 %), soit de recommencer le cycle au début, soit d’accepter l’impossibilité de féconder à laquelle se trouve confronté le couple. Condamnées pareillement sont les réductions embryonnaires quelquefois nécessaires après transfert afin de limiter, suivant le choix des parents, des naissances multiples plus que gémellaires. « Même motif, même punition », la pratique du diagnostic préimplantatoire (DPI), visant à rechercher certaines anomalies génétiques sur des embryons obtenus par Fécondation in Vitro (FIV), est condamnée puisque le DPI, en évitant le transfert dans l’utérus des embryons porteurs d’anomalie, conduit a contrario à la destruction de ceux qui en seraient atteints. Le même type de raisonnement conduit au refus de principe de la recherche sur les cellules souches embryonnaires ou du clonage fut-il « thérapeutique » (en vue de soigner des pathologies) ou « scientifique » pour comprendre et maîtriser l’embryogénèse.
L’autre dimension structurante soulevée par Jean-Frédéric Poisson est la conception de la famille suivant laquelle il ne peut y avoir de projet parental que pour un couple stable constitué d’un homme et d’une femme ; tout projet parental alternatif (porté par un ou une célibataire, un veuf ou une veuve, un couple de même sexe) est donc rejeté en argumentant sur le besoin qu’aurait un enfant de s’appuyer sur un père et une mère.
Pour
D’une façon générale
On ne peut ainsi pas séparer le jugement sur la pertinence, y compris morale, des protocoles choisis en procréation médicalement assistée (nombre d’ovocytes prélevés, nombre d’embryons transférés, etc.), protocoles mis en œuvre dans des conditions extrêmement encadrées, sans prendre en compte la souffrance des candidats à la parentalité, sans prendre en compte le taux de réussite de la FIV, sans prendre en compte la longueur et la pénibilité des traitements contre l’infertilité et du prélèvement des ovocytes.
Si on peut, et on doit le faire, se réjouir des progrès réalisés permettant d’envisager avec succès des cellules souches adultes en lieu et place de cellules souches embryonnaires, ce qui permet de réduire le dilemme éthique, il n’empêche d’une part que les progrès réalisés ne l’auraient pas été sans l’expertise d’ores et déjà acquise sur les cellules souches embryonnaires, et d’autre part que la recherche sur les cellules souches embryonnaires est encore durablement nécessaire.
De même, en ce qui concerne l’autre dimension soulevée par Jean-Frédéric Poisson, si
En guise de conclusion
On me permettra, en guise de conclusion, quelques réflexions personnelles.
Les lignes de partage sont multiples : le cas par cas est
La raison et l’émotion. Jean-Frédéric Poisson l’avait évoqué dans son introduction : ces questions doivent être évoquées avec raison en se gardant autant que possible de l’émotion, piètre conseillère en
Je voudrais pour terminer relever une remarque incidente, formulée par Jean-Frédéric Poisson dans le débat et qui n’a pas été reprise. Faisant état de son opinion suivant laquelle on en connaît déjà bien assez sur l’embryogénèse et que la recherche pour améliorer la compréhension des mécanismes en jeu ne se justifiait pas à ses yeux, il défendait l’idée qu’il serait temps que les scientifiques comprennent qu’il revient à
Pour terminer, on soulignera l’accueil chaleureux réservé par François Pinte, président de la fédération départementale de Loire Atlantique de l’UMP, au courant progressiste de la majorité présidentielle.
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